La légende du Pieter Both

 

 Le-Pieter-Both-Ile-Maurice -

 

Je vous ai déjà dit que je suis française par mon père et indo-mauricienne par ma mère eh bien aujourd’hui, je vais vous raconter une des nombreuses légendes qui peuple ce petit coin de paradis qu’est l’île Maurice.

Je tiens cette histoire de ma mère, qui elle-même la tenait de sa grand-tante. Ma mère m’a raconté que lorsque ses sœurs et elle étaient petites, leur grand-tante les visitaient souvent. Après le diner, les femmes de la maison s’asseyaient dans le salon autour d’un thé fumant et de petits gâteaux ressemblant à des petits pains tendres fourrés à la noix de coco et aux raisins secs nommés makatia. C’est ce moment que choisissait grand-tante Emelyne pour conter aux enfants attentives sagement assises devant elle les innombrables légendes de l’ile et celle que je partage avec vous aujourd’hui en fait partie.

Il y a une montagne, au centre de l’île, dans la région de Moka, qui se nomme le Pieter Both. Au sommet de celle-ci se dresse un énorme rocher, maintenu en équilibre on ne sait comment, qui alimente plusieurs histoires. Celle que je vais vous raconter aujourd’hui reprend les mésaventures d’un laitier qui allait vendre son lait en ville. Il décida un jour de prendre un raccourci et emprunta le chemin du Pieter Both.

Il se retrouva bientôt nez-à-nez avec un groupe de fées qui dansaient au clair de lune. En créatures aimables qu’elles étaient, elles ne tinrent pas rigueur au laitier de son intrusion et l’invitèrent même à venir les voir tous les jours s’il le souhaitait à la condition cependant qu’il ne dise mot à quiconque de ce qu’il avait vu. Le laitier s’empressa d’accepter et se rendit au Pieter Both tous les soirs pour s’égayer de la compagnie des fées. Ce bonheur dura un temps mais malheureusement pour lui, le laitier était un incorrigible bavard et ce qui devait arriver arriva. Il parla à quelques-uns de ses amis de sa découverte, tout cela sous le couvert du secret bien entendu, et il ne fallut pas longtemps avant que les fées aient vent de l’affaire.

Les petites créatures ne dirent rien et le laitier continua à leur rendre visite pendant trois soirs. A la fin du troisième soir, les fées demandèrent au laitier s’il avait bien tenu sa promesse et gardé leur secret. Le laitier répondit avec aplomb qu’il avait tenu parole. Il n’avait pas sitôt proféré son mensonge que le ciel gronda. Les fées s’adressèrent en ces termes au malheureux laitier. « Tu es non seulement bavard mais également menteur humain. Tu paieras de ta vie ton parjure. » Aussitôt dit, aussitôt fait, leur sentence tombée, les fées transformèrent le laitier en un énorme rocher et le placèrent en équilibre au sommet du Pieter Both.

Le rocher tombera peut-être un jour, une autre légende, qui avait cours du temps où les esclaves peuplaient l’île, disait qu’il tomberait le jour où les anglais quitteront définitivement l’ile. Les anglais ne viennent plus maintenant qu’en touriste pour la plupart et le rocher est toujours là.

Alors… tombera, tombera pas ?

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Le loup-garou de Maurice

 

 

Loup garou

 

Je vais vous raconter aujourd’hui une autre des histoires de grand-tante Emelyne. Il s’agit cette fois de la légende du loup-garou de Maurice.

Vous connaissez le rituel, les soirs après diner, la gent féminine de la maison se retrouve autour d’une tasse de thé fumant et d’un plateau de petits makatia. Imaginez le contexte, il fait nuit, le vent souffle fort au dehors, c’est un soir de pleine lune, grand-tante Emelyne entame son récit.

“Avant, il y a de cela pas si longtemps finalement, si vous vous réveilliez aux environs de minuit les soirs de pleine lune, vous entendiez le bruit d’un galop effréné comme si un cheval tentait d’échapper à des hordes de démons enragés. Les anciens disaient qu’il ne fallait pas regarder par la fenêtre ces soirs-là car si vous veniez à croiser le regard fou de cet animal, vous pouviez en mourir de frayeur.

Les avis étaient mitigés quand à savoir de quel animal il s’agissait en réalité. Certains disaient que c’était un homme, d’autre une femme, d’autre encore soutenaient qu’il s’agit d’un être mi cheval mi humain quand d’autres enfin affirmaient qu’il avait la gueule d’un loup aux trait humanoïdes possédant un corps de cheval, bref, beaucoup d’avis pour peu de témoins. Tout le monde s’accordait sur quelques points cependant. L’animal faisait un vacarme assourdissant en passant sous vos fenêtres, il apparaissait toujours les soirs de pleine lune et il poussait des cris à vous glacer le sang.

Les gens finirent par aller se coucher dans le silence et l’obscurité les nuits de pleine lune par crainte d’attirer l’attention de ce qu’ils appelaient désormais le loup-garou de Maurice.

Un beau jour cependant, un des autochtones en eu assez et décida de tenter quelque chose pour y mettre fin. Le loup-garou avait pour habitude de passer par la croisée des chemins, c’est donc à cet endroit que notre homme choisi de tendre son piège. Il déposa sur le sol un petit tas de graines de riz mélangés à des graines de lentilles et rentra chez lui. Le lendemain matin, il décida de se rendre à la croisée des chemins. En effet, depuis l’aube, chacun y allait de son commentaire en racontant à qui voulait l’entendre que cette nuit le loup-garou était mort car ils n’avaient entendu qu’un seul cri horrible puis plus rien depuis. Un silence presque oppressant s’était emparé de la nuit après ça.

Notre homme arriva au carrefour et fut saisi de surprise. Devant lui, occupée à trier puis compter les grains de riz et de lentilles, était accroupie une femme sublime n’ayant pour seuls vêtements que ses magnifiques cheveux noirs enroulés autour d’elle. Absorbée par sa tâche, elle ne l’avait pas entendu arriver et sursauta vivement lorsqu’il lui effleura l’épaule. Il réussit à l’apaiser à force de gestes tendres et de paroles douces et lui glissa son manteau sur les épaules. Mise en confiance, la jeune femme raconta sa mésaventure à son sauveur. Des sorciers malgaches lui avait jeté un sort il y avait fort longtemps de cela car elle avait refusé d’épouser leur chef. Elle était condamnée à se transformer en loup garou chaque nuit de pleine lune. Seul un sorcier malgache pouvait la désenvouter, mais c’était à condition qu’elle épouse leur chef et chaque mois, guidés par ses hurlements, ils venaient la tourmenter et lui demander sa réponse. Ils ne l’avaient pas trouvée cette nuit pourtant car elle n’avait poussé qu’un hurlement avant de trouver les grains.

L’homme écouta en silence l’histoire de la jeune femme puis il l’invita à venir résider chez lui en attendant de trouver une solution à son problème. Notre homme savait que les sorciers malgaches étaient les plus puissants, plus puissants même que les sorciers d’Afrique. S’il voulait délivrer sa belle, il allait devoir faire preuve d’inventivité.

Il visita nombre de sorciers de l’ile et ce fut finalement une très vieille femme qui lui apporta la réponse. Il devait attendre la prochaine pleine lune. Ce jour-là il devrait asseoir la jeune femme et l’attacher solidement à un piquet en laissant entre ses mains libres un plat de graines de riz et de lentilles mélangées et deux plats vides pour pouvoir les trier. Elle resterait ainsi invisible aux sorciers qui viendraient la tourmenter. L’homme devait faire ainsi pendant 5 pleines lunes. Si au bout du cinquième mois les sorciers n’avaient toujours pas retrouvé la jeune femme alors le sort serait brisé.

Le jeune homme fit comme il lui avait indiqué et le cinquième mois, celle qui était devenue son épouse bien aimée fut libérée du joug des sorciers malgaches et donna naissance, quelques mois plus tard, à deux magnifiques jumeaux.”

C’est ainsi que s’achève notre histoire insolite d’aujourd’hui, je te laisse, lecteur averti, en tirer la morale qu’il te plaira.

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